Sagesse populaire
(épisode 1)
J’ai toujours fait beaucoup de théories à partir de mes observations et de mes expériences. Il y a déjà vingt ans, j’avais envie de publier un livre sur mes théories (oui, j’ai toujours été très modeste). Et depuis que je fais le métier de thérapeute, que j’écoute et que j’analyse des histoires quotidiennement, le nombre de mes théories a explosé. Elles ne sont ni révolutionnaires, ni inédites (on me dit parfois que tel philosophe ou penseur ou ami ou cousin est d’accord avec moi), mais je constate quand même qu’elles rendent de fiers services à mes clientes, portées par la sagesse de mes cartes et des astres. Donc, je me dis qu’elles peuvent peut-être vous éclairer aussi.
Théorie N°1:
Il faut créer de l’espace dans sa vie pour que la nouveauté s’y invite
Théorie que j’ai expérimentée personnellement. Quand j’ai commencé ma reconversion de journaliste à thérapeute, j’ai choisi de tout poursuivre avec l’idée de switcher au moment où l’activité de thérapeute prendrait plus de place que celle de journaliste (et de créatrice de contenu pour les marques). Sauf que pendant deux ans, cela ne s’est pas passé.
En réalité, j’étais surtout complètement débordée et le fait de ne pas avoir renoncé à mes jobs précédents m’ancraient clairement dans leur énergie alors que celle du nouveau job peinait à s’imposer. Le 1er janvier 2023, je suis arrivée au bout de ce système, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai arrêté la presse et la communication pour me consacrer à mon nouveau rôle full time.
Enfin, full time, hormis que je n’avais pas beaucoup de clientes et que le nombre ne s’est pas mis à croître du jour au lendemain. Il a fallu attendre le mois d’octobre de la même année pour afficher un carnet de bal (enfin!) plein. Il n’empêche, tout ce temps libre m’a permis d’investir ce nouveau rôle, de le communiquer et finalement d’avancer. Au début pas à pas et puis de plus en plus vite. Et je suis assez persuadée que cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas fait ce choix -du vide, de l’espace-, un choix extrêmement vertigineux, à un moment donné.
Dans mes consultations, je le constate souvent. Des femmes coincées dans des relations pas à la hauteur de leurs besoins qui attendent la rencontre qui va les libérer, rencontre qui n’arrive en fait (quasi) jamais parce que leur énergie est absorbée ailleurs. Qu’elles ne sont en fait pas disponibles (pas suffisamment).
On peut parfois jouer et gagner, mais la plupart du temps, s’il n’y a pas d’espace dans une vie, pas même pour un courant d’air, on ne peut espérer qu’une tornade s’y immisce pour tout changer.
Théorie N°2
Nos némésis sont parfois nos meilleurs “role models”
Vous la situez, cette connasse sur Instagram qui raconte à peu près n’importe quoi et compile pourtant des centaines de milliers de followers sur Instagram. Elle est si énervante avec son aplomb et ses certitudes. Elle raconte sa vie alors qu’on s’en fout complètement (ah ouais, alors pourquoi on regarde?). Elle revendique des talents divers et variées alors que tant de véritables experts font beaucoup mieux et se taisent, eux. Vous ne la supportez tellement plus que vous avez arrêté de la suivre. Sauf quand vous allez checker qu’elle a toujours autant de succès et que c’est toujours aussi exaspérant.
Vous la connaissez cette collègue qui obtient toujours des promotions et déjeune avec le boss, alors qu’elle travaille deux fois moins que vous. Chaque tâche accomplie donne lieu à un exposé détaillé de son talent (vraiment pas ouf), une auto-promo aussi agaçante que profondément injuste. Pendant que vous ruminez votre colère, elle grimpe les échelons de la boite. Et ne pense pas vraiment à vous sur son chemin, d’ailleurs c’est tout juste si elle vous salue dans l’ascenseur…
Parfois, cette personne qui vous trigger, c’est votre soeur qui se soustrait aux calls quotidiens avec votre mère hypercritique et qui se sort par une pirouette d’une obligation familiale visiblement pas si obligatoire.
Parfois, c’est votre mari, qui, le seul soir où vous sortez entre copines, gave les gosses de pizza et de chocolat en passant pour le “good guy” auprès d’eux alors que vous vous arrachez les cheveux pour leur faire absorber cinq légumes par semaine.
Souvent, ce n’est pas juste. C’est presque tout le temps frustrant. Mais, est-ce que si ces gens nous chafouinent autant, ce n’est pas parce qu’on aimerait bien leur ressembler un peu plus (ou qu’on le devrait en tout cas)?
Personne ne nous demande de gémir sur Instagram pour faire pleurer dans les chaumières, mais avoir le courage de se montrer un peu vulnérable (c’est-à-dire de se montrer tout court) pour faire connaitre notre talent unique, ça vaut peut-être le coup. Et cette prétentieuse qui nous déclenche un peu est peut-être surtout le miroir douloureux de notre timidité et de notre peur du regard des autres.
Cette peste de collègue qui a encore eu un bonus mirobolant n’a-t-elle pas juste revendiqué ce qu’elle estimait juste pour elle, pendant qu’on n’a pas osé demander un centime en cinq ans. Encore un miroir douloureux dont il faudrait peut-être se saisir, non pas pour changer drastiquement de personnalité mais pour se rendre justice à soi-même?
Votre soeur qui met des limites avec maman la relou va peut-être un peu trop loin, mais votre rapport à vos limites à vous est sans doute à reconsidérer. Tout comme, ce n’est peut-être pas si grave de céder sur le (20 ème) carré de chocolat une fois de temps en temps avec ses enfants. Soit, acheter la paix sociale sans renoncer à sa couronne de perfect mum 2026.
A ce stade, je pense que tout le monde a compris, mais ce que je veux dire c’est que ces gens qui nous déclenchent, qui nous énervent, qui nous chahutent émotionnellement sont parfois nos meilleurs maitres. Regardons-les autrement.
Théorie N°3
Si tu ne te la pètes pas, personne ne le fera pour toi
Ce n’est pas ma théorie N°3, c’est ma théorie N°1 parce que c’est ma devise depuis des années. Je crois profondément qu’il faut revendiquer son talent, ses succès, sa beauté parce que les autres ne vont pas le faire à notre place. Ils sont occupés à faire leur place à eux.
Cela va à l’encontre d’une éducation où la discrétion et la modestie sont glorifiées, du rôle féminin inculqué depuis l’enfance qui demande d’être souriante, de ne pas faire trop de bruit et d’être gracieuse et accommodante. Sauf qu’on ne vit pas dans un roman de la Comtesse de Ségur, mais dans un monde où c’est souvent celui qui parle le plus fort qui a raison. Ou a minima celui qui s’exprime.
Pour beaucoup de mes clientes, accepter un compliment et s’en nourrir est déjà une grande aventure. Elles minimisent leurs succès, rendent leurs qualités très ordinaires (tout le monde est comme ça, non?), baissent la tête modestement devant la moindre acclamation… Il existe même une fleur du Bush Australien, Philoteca, pour ceux (surtout celles) qui balaient les remarques positives et les compliments par modestie, convenance, ou mauvaise estime de soi.
Je l’ai fait pendant très longtemps moi-même et je dois surveiller de ne pas tomber dans le piège de me faire petite, de dire que “ce n’était pas grand chose” alors que cela m’a demandé beaucoup. Certains jours, je parviens même à valoriser mes accomplissements dans une discussion où cela n’intéressait visiblement personne avant que je ne décide de prendre ma place. Pas tous les jours, mais de temps en temps et de plus en plus.
Aujourd’hui, quand on me fait certains compliments dont celui-ci qui revient assez régulièrement “tu tires vraiment très bien les cartes”, je réponds “je sais, merci”. En général, la personne en face est un peu désarçonnée, mais j’assume.
Mais baby steps les amis, si se la péter, c’est niveau 2 (ou 20) commençons à ne pas contredire ceux qui nous valorisent! “Se la péter” est d’ailleurs une expression impropre, ce dont il est question, c’est de pouvoir dire simplement et sans faux-semblant ce qui fait notre valeur et notre différence. Qu’on nous l’ait demandé ou non.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Peut-être que la prochaine fois, on parlera du fait “qu’on est ce qu’on dit qu’on est” ou que “le cadre est le cadre de notre liberté'“ ou tout autre idée qui me passera par la tête. Ou alors, je ne ferai plus jamais de post sur Substack. Who knows?




Merci pour cette lecture savoureuse :) Je m'en vais lire les autres épisodes avec joie !
J’ai adoré, merci !