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Théorie N°21: Notre corps est notre maison
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Théorie N°21
Notre corps est notre maison
(Psyché, Berthe Morisot)
Et ça internet nous le serine à longueur de journée à grand renfort de “il faut”.
Donc il faut (entre autres injonctions):
“manger des protéines au petit dej”
“privilégier le renforcement musculaire après 40 ans”
“faire des détox pour évacuer les poisons modernes”
“jeûner pour se nettoyer”
“faire des drainages pour dégonfler”
“faire des modelages pour affiner la silhouette”
Un peu comme si notre corps était un animal à domestiquer. Un peu sauvage, un peu rebelle (le mec ose stocker ou laisser apparaitre un brin de cellulite) et donc à faire rentrer dans le rang. Une bête sauvage dans un zoo.
Très occupées à le gérer comme un enfant récalcitrant, on en oublie bien souvent de l’aimer (alors qu’on aime les enfants récalcitrants).
Pourtant ce corps n’est pas une entité séparée de nous, c’est notre véhicule, mieux, notre maison, notre sécurité.
Nos jambes ne sont pas un affreux amas de cellulite. Elles nous portent tous les jours.
Notre ventre n’est pas un gros tas mou. Il nous permet de nous nourrir et de digérer ce que la vie apporte quotidiennement. Il répond si bien aux émotions que si on l’écoute, c’est lui qui guide notre intuition.
Nos bras chauve-souris câlinent les gens qu’on aime et ont permis à certaines de bercer leurs enfants.
Et surtout, chacune de ces parties composent notre puzzle personnel, au même titre que notre mental.
J’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte avec cette newsletter, mais, force est de constater au fil des consultations, que ce n’est pas le cas.
Je reçois des femmes qui viennent d’accoucher et allaitent leur bébé qui s’indignent de ne pas pouvoir afficher la silhouette d’avant, comme ça en un claquement de doigts.
D’autre qui focalisent sur un défaut jusqu’à s’empêcher de vivre, de sortir, de danser, de dater.
D’autres qui martyrisent leur corps à grand renfort de régimes, de sport à outrance, de compléments alimentaires par dizaines et d’interventions chez le médecin esthétique en s’énervant qu’il ne réponde pas aussi vite, aussi bien qu’elle le leur demande (ordonne plutôt).
Bah, peut-être qu’il faudrait demander un peu plus gentiment ?
Le corps n’est pas un ennemi contre lequel il faut lutter, c’est une grande partie de nous et je ne crois pas pertinent d’être notre propre ennemi.
Je n’ai rien contre la discipline mais je crois fermement qu’elle doit être panachée de gratitude et de plaisir.
Manger toujours la bonne chose au bon moment. Cibler les exercices pour atteindre un objectif. Utiliser le massage pour modeler sa silhouette comme de la pâte à modeler. Si toutes les interactions que vous avez avec votre corps ont une utilité, un objectif, un but précis, c’est ce que ça ne va pas.
Dans ces conditions, la relation au corps est tellement sèche, rugueuse, voire malveillante, que la connexion au plaisir des sens, le plaisir d’être fait de chair et de sang en fait, disparait. Avec souvent une libido entre inanimée et complètement morte.
Les actions à mener pour le réanimer: manger quelque chose parce que ça fait plaisir (un bon truc avec des calories vides!). Faire du sport pour kiffer le plaisir de bouger ou parce qu’on aime la musique. Booker un massage qui ne sert à rien à part se faire du bien. Et se masturber bien sûr.
Plutôt que d’opposer le plaisir à la rigueur et au sérieux, comme des ennemis, il faudrait comprendre qu’ils se complètent et s’équilibrent.
Le fameux 80/20, 80% de discipline, 20% de plaisir, que les mannequins serinent à longueur de temps en interview “secrets de beauté”, mais make it 70/30 parce qu’on n’a pas toutes vocations à être mannequins.
Changer de discours
(Jeune Femme se Poudrant, Berthe Morisot)
J’ai des gros mollets. C’est un fait. Je ne rentre pas dans la plupart des bottes sauf à un poids que j’ai déjà touché mais qu’il m’est très inconfortable de maintenir (pour des raisons de plaisir).
C’est un sujet qui m’a contrariée. Beaucoup contrariée. A cause des bottes sur lesquelles j’ai tant fantasmé, mais aussi à cause des jupes crayons, peu flatteuses avec cette particularité physique ou toute tenue qui les met en relief (les jupes midi, les capri pants etc…).
Quand j’étais journaliste beauté, j’avais même, à l’occasion d’une interview avec un médecin esthétique, demandé s’il n’existait pas une procédure pour les réduire.
Alors oui, ça existe. On peut enlever une partie du muscle qui se développe bien volontiers sur cette zone et beaucoup moins sur mes abdos. Avec le risque en vieillissant, de ne plus en avoir suffisamment et de vaciller sur ses jambes plus tôt que prévu.
C’est en apprenant cette info que j’ai compris à quel point mes gros mollets étaient aussi des alliés. Certes, pas les plus gracieux, mais suffisamment fondamentaux pour me porter avec force et pour longtemps.
C’est la base oui, mais c’est essentiel et d’autres n’ont pas accès à ce luxe-là.
Comme souvent, se connecter à la gratitude et dire merci à ses gros mollets (ses cuisses fortes, ses bras solides…) permet une forme de réconciliation. Ou, à minima de faire la part des choses. Oui, ils sont vilains, mais ils sont utiles et comme ils sont “moi”, je les aime quand même.
Entre juillet 2024 et décembre 2025, j’ai enchainé les cystites. Malgré 70 traitements et autres compléments alimentaires, ma vessie ne me laissait aucun répit. Et ma patience envers elle a été largement challengée. J’étais en colère contre son incapacité à se réguler malgré tous les efforts investis et bien sur révoltée par cette souffrance à répétition.
D’aucuns diraient que c’est psychomagique, mais quand j’ai commencé à lui parler gentiment : “je sais que tu souffres, je sais que tu fais de ton mieux”, mais aussi à lui demander poliment “est-ce que tu peux t’apaiser? “est-ce que tu peux me laisser dormir?”, que j’ai arrêté de la pressuriser, que les choses se sont calmées.
Pas en dix minutes, puisque l’efficacité n’était pas le sujet, mais au fil des mois. Je sais que ma vessie est un organe fragile. Au lieu de lui en vouloir, je choisis désormais de la remercier quand elle fonctionne bien, de ne pas la brusquer et de l’apaiser aux premiers signes d’inconfort. Ma vessie, c’est moi donc je l’aime et je lui montre.
En vérité, ça me semble extrêmement logique.
Quand on vous demande quelque chose, est-ce que vous le faites plus volontiers si on vous parle gentiment? Oui.
Quand on vous demande quelque chose, est-ce que vous le faites mieux si on vous met en valeur et qu’on vous remercie? Oui.
Quand on vous demande quelque chose, est-ce que vous le faites mieux quand on vous laisse le temps nécessaire et qu’on a de la considération pour vos besoins? Oui.
Bah le corps, c’est pareil.
Quand on parle mal à une partie de son corps, qu’on s’en plaint et qu’on en vient de la détester, on choisit de se faire (encore plus) mal.
Quand on lui met une pression folle, qu’on le violente pour qu’il soit plus ceci, plus cela et surtout plus vite, on le braque, il panique, il se rebiffe. Comme nous.
Choisir de prendre soin et d’aimer ses zones les plus difficiles, c’est accepter de se connecter à sa vulnérabilité, d’intégrer ses ombres et de mieux vivre avec.
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La voix de la sagesse mais c’est vrai que la route est encore longue…
Alors j’ai matière à réflexion jusqu’à mercredi prochain (mercredi prochain étant maintenant devenu une expression). J’ai décidé un truc en te lisant : essayer de m’adresser gentiment à mon corps au moins quelques jours pour voir ce que ça fait 😅
Merci Joy 🫶