Sagesse Populaire
Théorie N°19: On fête TOUT
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Théorie N°19
On fête TOUT
(Florine Stettheimer, Spring Sale at Bendels)
Quand j’avais cinq ans, ma mère a célébré le mariage de Bibou (mon lapin en peluche bleu) avec Framboise (mon lapin en peluche rose). S’ils ont plus tard divorcé (shit happens), cet événement a été un des plus joyeux de ma petite enfance. J’avais eu le droit de choisir un gâteau dans le livre de recettes (un hérisson avec des pics Mikado), toute la famille avait été convoquée et on avait honoré cette union avec toute l’implication et la bonne humeur que mérite un moment important.
Depuis, j’ai saisi toutes les occasions de célébrer la vie. Chez moi, on fête tous les anniversaires, mais aussi les mi-versaires parce qu’un an c’est un peu long à attendre pour avoir un gâteau et des bougies.
On fête les anniversaires des peluches importantes comme s’ils étaient faits de chair et de sang. L’anniversaire de mon doudou, le 1er décembre, est un évenement des plus mondains qui a parfois réuni jusqu’à une vingtaine de personnes autour d’une raclette et/ou une fondue (bah oui, c’est une souris!).
Tout est bon pour se retrouver. Une fête de Noël entre amis avec un Secret Santa, un Thanksgiving alors que personne n’est Américain.
Les grandes bonnes nouvelles : à la minute où mon mari m’a demandée en mariage, j’ai invité toute ma bande à siroter du champagne. Depuis que je suis mariée, je ne rêve que d’une chose, me remarier (avec le même) juste pour célébrer!
Les emménagements, les déménagements (on a beaucoup mangé assis par terre dans des apparts vides).
Et même rien, mais avec l’envie de réunir autour d’un atelier coloriage, tissage, cuisine (pas de mention inutile).
Est-ce que la vie est une fête? Je dirais que ça dépend un peu de nous.
Choisir de tout fêter, c’est choisir de donner une plus large aura aux événements heureux, petits et grands, quitte à les inventer de toute pièce, comme le mariage de Bibou et de Framboise, pour rendre la vie plus joyeuse.
C’est arroser la plante de la joie, de la gratitude, de la bonne humeur pour la faire grandir. Pour laisser moins de place aux mauvaises herbes (les coups durs, les dramas, les vrais drames). Pour enchanter la routine quotidienne.
Je n’aime pas particulièrement le sport, ni aucun sport en particulier, mais je me passionne allègrement pour les compétitions sportives.
Je n’ai regardé aucun match de la Ligue des Champions, mais une fois le PSG en finale, je me suis invitée chez ma mère (la seule de la famille à avoir une télé), elle a préparé un festin, mon frère et mon neveu sont venus, mon oncle aussi et on a beuglé devant la télé comme si nos vies en dépendaient jusqu’à la joie finale.
Pour la coupe du monde, on a investi dans les Panini (c’est un investissement!), mené des raids dans tous les kiosques de Paris pour collecter des stickers en pénurie partout, acheté un videoprojecteur (on ne va pas aller chez ma mère tous les jours) et équipé tout le monde de maillots. Le foot, on s’en fout un peu, mais si on gagne et que la liesse est accessible, on va chercher la liesse.
La vie n’est pas toujours excitante en tant que telle. Elle est même parfois assez boring. Saisir les allumettes que sont un match de foot, un anniversaire, l’arrivée des vacances ou la rentrée pour attiser notre feu intérieur a son importance.
La fête n’a pas besoin d’être grandiose. Elle a besoin d’être investie.
(Florine Steittheimer, The Cathedrals of Arts)
Mon amie Liisa, fan de Koh Lanta, organisait des vendredis Taco Lanta (avec des tacos donc), parfois avec ses frères, parfois avec nous, parfois juste avec sa femme. Ou comment ritualiser un programme télé sympa pour en faire une fiesta hebdomadaire. Ce choix de sublimer la vie (c’est un choix!), Liisa le tient de sa grand-mère, une femme exceptionnelle qui a traversé un lot d’épreuves hors du commun sans jamais abandonner sa joie de vivre. En témoigne ce magnifique extrait de ses mémoires:
« Dans notre vie, avec Henry, nous avons beaucoup fêté, beaucoup célébré. La fête est un art, comme la joie. Un moyen de marquer les moments importants, de passer des étapes, d’inventer des moyens d’être ensemble, de se raccommoder, de se pardonner, d’exister… »
La fête parfois, c’est même seul. Quand, rarement, tous les membres de ma famille sont absents, je me fais une “Soirée Joy” et je m’ambiance avec un petit programme : pâtes pleines de fromage à même la casserole, navet sur Netflix, bain moussant, masques des pieds à la tête. ça a un nom, un concept et c’est une fête. Il n’y a que moi à cette party et c’est ok.
Ce matin, ma cliente se plaignait de son conjoint. Ils s’aiment, il est super, c’est sérieux, stable et affectueux. Mais bon. Mais bon, le manque de feu, le manque de pulsion, de folie, de coups de tête. Cette cliente a presque 60 ans, ce n’est pas une gamine, mais c’est justement la joie authentique, l’enchantement naturel de l’enfance, le plaisir gratuit, qui lui manque aujourd’hui.
On est tous rattrapés par les obligations, la charge mentale, le quotidien, l’élément terre symbole de responsabilité. Mais notre responsabilité, c’est aussi de choisir de rendre la vie plus chouette, plus belle, plus sexy.
Et, en thématisant les diners, en sortant à la crêperie pour fêter une bonne note ou le retour du soleil, en faisant une soirée camping dans son salon parce que c’est le week-end mais qu’on habite à Paris, on prend cette responsabilité.
Celle d’une vie plus sentie, plus animée et joyeuse.
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Ahah … je ris … J’ai un doctorat en prétexte de fête ! Principal reproche de mon ex mari au passage. Alors c’est un grand oui … il faut fêter sans cesse la vie 🍾 ❤️
Tellement!