Sagesse populaire
(épisode 3)
Théorie N°6:
Play by the rules
Pendant longtemps (20 ans), ma devise a été “pour vivre heureux, vivons cachés”. Accusons mon ascendant scorpion légèrement cadenassé, si ce n’est parano (n’ayons pas peur des clichés). En tout cas, je n’aimais rien tant que d’écrire mes articles en pyjama de chez moi sans avoir à les incarner ou à en faire la promotion. Mais ça, c’était le monde d’avant, et surtout ma vie d’avant.
Quand j’ai changé de métier, j’ai compris qu’il faudrait faire l’effort de poster un peu plus que mes photos de vacances pour mes potes sur les réseaux sociaux. Qu’avoir une communauté signifiait avoir des clients, des élèves, des opportunités diverses et variées et que je n’avais donc pas le choix.
Je me souviens d’une discussion avec mon amie Margaux, qui m’envoyait mes premiers clients, qui m’expliquait que pour remplir une consultation il fallait entre deux et trois ans de bouche-à-oreille. Avec pour moi le handicap majeur de faire un métier qui touche à l’intime et qui fait partie du jardin secret de certain(e)s.
Ce sont donc les réseaux sociaux, dont je me méfiais tant, qui ont tout changé pour moi et notamment l’influence, la version sous acide du bouche-à-oreille.
Petit à petit, j’ai accepté que pour remplir mes consultations, mes initiations au tarot, mes retraites, il fallait se montrer plus, prendre la parole, secouer l’algorithme avec des selfies plus ou moins réussis.
Je suis encore très loin de ce que font certaines consoeurs en termes d’implication, de contenu, de visibilité. Je n’ai, notamment, pas encore sauté le pas de faire “blablabla” face caméra. Mais j’ai accepté, de plus ou moins bonne grâce, d’accepter de “play by the rules”.
C’est une des phrases que je répète le plus à mes clientes en consultation.
A celles qui veulent être indépendantes, sans démarcher
A celles qui veulent aider les autres, sans revendiquer leur talent
A celles qui créent des choses sublimes, sans le dire à personne
A celles qui font super bien leur travail mais ne sont pas “politique”
Et qui enragent parfois de voir des gens beaucoup moins talentueux tirer leur épingle du jeu.
Mais pour revenir à la théorie N°4 “responsable, non coupable”, si on sait ce qu’il faut faire pour obtenir ce que l’on souhaite dans la vie et qu’on choisit sciemment de ne pas le faire, bah... C’est comme enfiler une robe et des talons pour une soirée importante alors qu’on se sent mieux en jean. C’est relou, mais on connait les codes et on vit avec.
A ces clientes-là, je recommande parfois de se dédoubler, comme si elles jouaient un rôle. Le rôle de Justine (elle s’appelle Valérie) quand elle cajole la DG dans le sens du poil parce qu’elle se nourrit de flatteries. Celui de Laetitia (elle s’appelle Jeanne) quand elle s’affiche sur Instagram avec la contenance d’un homme politique. Ou celui de Jessica (elle s’appelle Christelle) quand elle revendique toute son expérience dans un mailing en quête de clients (il faut signer Christelle quand même!).
Ou deuxième option, de décomposer l’effort en miette pour le rendre plus acceptable. Le premier jour, on sourit à la DG dans l’ascenseur. Le deuxième, on lui demande des nouvelles de ses enfants. Le troisième, on provoque un échange rapide sur un dossier. Et peut-être que dans un mois, on déjeunera les yeux dans les yeux.
A une cliente, dont je sais qu’elle me lit, qui est terrifiée de se montrer sur LinkedIn (du regard et jugement des autres), j’ai conseillé d’ouvrir le site le premier jour pour créer un compte, de n’écrire que son nom le second, puis son titre le troisième, jusqu’à arriver au moment fou où elle aura enregistré tout son magnifique CV avant d’ajouter sa photo.
Baby steps.
Car, ce n’est pas parce qu’il faut “play by the rules” qu’on ne peut pas les tordre pour les rendre plus acceptables.
Théorie N°7:
Tu es ce que tu dis que tu es
Quand j’ai commencé à travailler dans la presse féminine, j’avais une boss un peu “star”, respectée pour son talent, adoubée par le milieu et même un peu crainte.
En observant son attitude, j’ai développé cette théorie qui ne m’a jamais quitté: tu es ce que tu dis que tu es.
Cette femme-là, appelons-la Marion, était la reine de l’auto-promo à l’époque où les réseaux sociaux n’existaient pas. Je l’observais, de déjeuners en conférences de presse, répéter avec un aplomb, sidérant pour la jeune journaliste, que j’étais qu’elle était “experte en soin”, “la référence du parfum”, “spécialiste de la médecine et de la chirurgie esthétique”. Rien de tout cela n’était faux. Marion était une grosse bosseuse et elle se donnait du mal pour atteindre ses propres standards.
Mais, le fait de revendiquer ses qualités et ses talents ouvertement lui conféraient une aura que bien d’autres bonnes journalistes n’avaient pas. Personne n’avait ou n’aurait eu l’idée de remettre en question ses nombreuses compétences.
Au contraire, la bonne parole qu’elle prêchait sans fards, s’étendait ensuite dans tout le milieu et j’ai vu beaucoup de journalistes ou attachées de presse ou DG de marque répéter les phrases qu’elle avait prononcées sur elle-même sans jamais s’interroger sur leur réalité ou leur bien-fondé.
Parce que la plus première réaction face à quelqu’un qui déclare quelque chose fermement, c’est de le croire, pas de le remettre en question.
Grâce à elle, j’ai compris très jeune qu’affirmer ses talents ouvraient de nombreuses portes. Cette posture, celle de l’Empereur dans le tarot, incontestable dans son autorité, absolument légitime, n’est ni questionnée, ni remise en question. A la différence de la validation par autrui, elle permet de choisir sa place dans la société, sans aucune fausse modestie, et de marcher vers ses buts sans complexe. De prendre et d’imposer dans le monde sa juste place. En quelques phrases affirmées et bien senties.
Parler de soi, pour soi:
Tellement plus efficace que d’attendre d’être repérée, validée, cooptée.
Tellement moins “no bullshit” que de minauder, sous-entendre, suggérer.
Vraiment puissant.



Mais quel kiff cette petite lecture du matin ! Une petite jubilation intérieure. …. Encore !
Mais quel kiff cette petite lecture du matin ! Une petite jubilation intérieure. …. Encore !