Sagesse Populaire
(épisode 5)
Les épisodes précédents: épisode 1, épisode 2, épisode 3, épisode 4
Théorie N°10
Ce que tu auras oublié dans six mois n’a pas d’importance
(Le Bouddha, Odilon Redon)
Remontons le temps. J’ai autour de 23 ans, je suis amoureuse d’un mec en dilettante mais depuis très longtemps et voilà qu’il me fait un petit affront (le 300ème environ, je suis parfois beaucoup trop persistante).
Le mec de mon meilleur ami, Martin, me voyant dans tous mes états, et appartenant plutôt à la catégorie stoïque, me lance: “Cette histoire, tu crois que tu y penseras toujours dans six mois”? Je le regarde, un peu interdite, et je réponds “Bah non mais franchement blablabla, gnagnagna, immense flow de ouin ouin”. Et lui, incisif: “Bah du coup, on s’en fout”.
Martin avait raison. Passer les dramas du quotidien au tamis du temps qui passe permet de prendre le recul nécessaire sur les situations, de distinguer ce qui est important et ce qui ne l’est pas.
Vingt ans plus tard, je ne me souviens absolument pas de l’affront du mec que je kiffais, mais cette petite phrase, je ne l’ai jamais oubliée.
Et parfois six mois, c’est beaucoup trop. Parfois, le truc qui nous met dans tous nos états n’aura plus aucun sens dans un mois, voire une semaine. Prendre deux minutes pour remettre du contexte sur nos émotions ne les rend pas irrecevables, mais permet tout de même de les ranger à leur juste place dans nos vies.
Projeter l’émotion en mouvement sur une échelle de temps permet de revenir dans ses pompes et de faire la part des choses. Oublié dans une semaine? Autant le zapper dès maintenant. Dans un mois? Ok c’est relou, mais ça reste un “pas grand chose”. Dans trois mois? ça pique, mais à l’échelle d’une vie, ce n’est pas fondamental. Plus long? Il faut adresser le sujet/trauma/galère plus sérieusement.
L’autre jour, en consultation, une cliente empêtrée dans un sale divorce me décrit le dernier coup pendable de son ex. Révoltée, elle secoue les bras dans tous les sens et s’emballe. Sauf que ce coup-là, bien qu’un peu chiant, comme souvent son ex, ressemblait plus à un pic désagréable qu’à l’ouragan qu’elle décrivait d’un ton saccadé. Submergée par le trop-plein de coups pendables accumulés au fil des mois, elle ne parvenait plus à distinguer l’essentiel.
Là encore, il ne s’agit pas de juger cette personne ou ses sentiments, mais bien de reculer de quelques pas pour pouvoir reprendre un peu d’air devant une situation qui nous dépasse. A cette cliente, et à d’autres, j’ai conseillé de visualiser une échelle de 1 à 5 et d’y classer les affronts du quotidien pour leur accorder la place qu’ils méritent.
Encore un tamis à secouer pour visualiser les vrais gros morceaux qui font vraiment mal, tandis que la poussière d’emmerdes et de lourdeur s’échappe et s’évapore.
Théorie N°11
Tout changer peut ne rien changer du tout
(Les Papillons, Odilon Redon)
Je reçois énormément de personnes qui veulent changer de carrière. Normal, c’est un moment de vie où l’on se pose beaucoup de questions. Et les questions, j’y réponds (enfin j’essaie).
Très souvent, quand j’interroge mes cartes sur le bien-fondé de leur démarche, elles suggèrent (oui, les cartes font ça), qu’avant de changer d’entreprise ou de métier, il faudrait d’abord changer soi-même. Au risque de se retrouver exactement dans la même situation, mais dans un autre contexte.
Cela peut paraitre brutal, mais c’est essentiel.
Bien malins sont ceux qui ne répètent jamais les mêmes erreurs.
Beaucoup d’entre nous, moi comprise, les répétons dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel avant d’enfin comprendre comment sortir de la boucle (La carte Roue de Fortune quand elle est chiante).
Fini les ressources humaines, on va ouvrir un coffee shop.
Fini Paris, on taille la route vers Marseille.
Fini Guillaume, on va essayer Alexandre.
Des grands shifts de vie qui demandent parfois de prendre son courage à deux mains et de sauter dans le vide.
Sauf que malheureusement, la DRH qui pleurait chaque jour au bureau en écoutant les malheurs des employés avant de passer des nuits blanches à mouliner leurs problèmes, risque bien de vivre la même chose avec les employés du coffee shop. Voire avec ses fidèles clients. Se protéger, se renforcer, mettre des limites, là est le vrai changement à mettre en place.
La pression parisienne, les boss exigeants voire abusifs, et la difficulté à s’affirmer et à poser ses limites aura la même (mauvaise) saveur à Marseille. Le soleil en plus quand même.
Guillaume sortait tous les soirs avec ses potes sans aucun complexe (le bâtard), alors qu’Alexandre est super casanier et mate des séries Netflix sur l’oreiller. Mouais, mais Alexandre, lui, adore le Padel et y joue du vendredi au dimanche soir. Un point commun? L’égoïsme. Un autre point commun? La femme qui est sortie avec les deux et ne parvient pas à prendre sa place et à sonner la fin d’une recrée qui a vraiment trop duré.
C’est une bien douloureuse erreur que de croire que changer les facteurs externes (son boulot, son environnement, son mec) vont tout changer à notre vie. Alors qu’en fait, le seul mouvement qui va vraiment faire la diff, c’est notre façon interne de répondre à ces facteurs.
Une fois qu’on a intégré ce concept et qu’on commence à marcher vers cette version updatée de nous-même, alors oui, on est prêtes pour Marseille, le coffee shop et Alex.
A moins que l’on prenne un autre chemin qui nous ressemble plus tout compte fait.



Très juste !
On change pas une équipe qui gagne … mon café et moi on adore ce genre de « petites » vérités 🫶